Flore urbaine
La flore, coincée en ville, mène une existence marquée d'exil, de cruauté, de torture. Elle vit d'espoir et d'espérance, de survie et de survivance. Par les soins de l'homme ou sous sa menace, elle croît tant bien que mal. Perspicace de nature, elle traverse le béton autant que les saisons, remplit espaces et interstices, verts. Dans les villes où se mélangent pollen et poussière, feuilles et mégots; se mêlent les tiges au fer, les racines au bitume. Les vies improbables de la flore urbaine.
Ce recensement témoigne de la condition de végétaux coincés en ville. Le titre de la sélection fait écho à Flore laurentienne, célèbre ouvrage du frère Marie-Victorin publié en 1935. Deux inventaires : l'un illustre et documente la flore de la vallée du Saint-Laurent, l'autre fixe par l'image la présence tordue de la flore dans les cités contemporaines.
Flore urbaine porte son attention sur une panoplie de présences végétales dans la ville, dans une variété d'espèces autant que de situations, qui ensemble, soulignent les orientations mais aussi les particularités de cette nature urbanisée. Dans Flore Laurentienne, les espèces étaient classées par familles; dans Flore urbaine, les végétaux sont assemblés selon leur état. Alors que le frère Marie-Victorin présentait les spécimens en décrivant leur environnement, cet essai photographique comporte les deux plans à la fois.
À l'heure où l'on affuble toutes les dernières tendances de l'épithète « urbain » pour mieux les faire pousser, la flore en ville reste sans nom, muselée dans son propre terroir. Campée dans son époque, Flore urbaine évoque le paradoxe d'une terre asphaltée où vit encore, tant bien que mal, une flore dénaturée.
2012-2015
Extraits :
